vendredi 26 novembre 2010

Ce n'est qu'un au revoir

vendredi 26 novembre 2010 39
Aujourd'hui, je suis officiellement dans la quarantaine des quarante ans...

Pis fuck les prêtres.

Comme par magie, cette semaine, la vie m'a donné un cadeau d'anniversaire: Un emploi. Un concessionnaire Toyota m'a essayé comme vendeur pour trois jours.

J'ai vendu cinq voitures et j'ai même eu le numéro de téléphone d'une petite grosse en chaleur. Le boss a été fucking stupéfait.

À ma grande surprise, j'ai réalisé que j'avais une grande gueule et que mon manque d'inhibition aidait ma cause. J'ai découvert que je suis un excellent vendeur, tout ce qu'il faut faire c'est crosser un peu les gens.

Pis je suis bon là-dedans. Je suis maintenant un fier représentant Toyota, mon complet a même la senteur d'un sapin sent bon à odeur d'épinette.

J'ai été voir la maison qu'Aline m'a légué à St-Philippe-De-Gosford. C'est pittoresque, loin d'être à la mode, mais chaleureux. Comme c'est aussi la maison de ma fille Miguita, j'ai décidé que j'irais m'installer là-bas. C'est à quarante minutes de mon boulot, mais c'est pas grave, je crois que Miguita aimera mieux une maison en campagne que mon petit quatre et demi à Brossard.

Avec une partie du 25,000 dollars de l'héritage, je vais acheter une mini-van et dépenser trois mille dollars en cadeau de Noël pour mon ange.

Cette enfant va adorer m'avoir comme père.

(Silence)...

Dix-huit mois ont passé depuis le début de ce blogue. Dix-huit mois difficile où j'ai vécu toutes sortes d'aventures mais surtout, un dix-huit mois où j'ai pris le temps de me découvrir grâce à vos conseils et commentaires tout au long de ce périple.

Finalement, ce que je cherchais n'était pas l'amour en tant que tel, mais un but. Un but dans la vie.

Pis maintenant je l'ai trouvé.

Je suis un père, je vais m'occuper de ma fille Miguita. Je sais pourquoi j'existe, je connais mon avenir, la destinée du destin m'a enfin comblé.

Ma traversée du désert est terminée, je ne dérive plus, j'ai un phare pour me guider.

C'est tout ce que ça me prenait.

À partir du six décembre, jour de l'arrivée de mon amour, je vais élever un enfant d'une manière responsable.

Je ne ferai rien d'autre.

Si une femme apparaît dans ma vie, ce sera par hasard, nos chemins se croiseront naturellement, je ne forcerai plus les rencontres et surtout, je ne tenterai plus de trouver quelqu'un simplement pour éjaculer dans son visage ou payer mes nombreuses dettes. Ce n'est plus ma quête.

Si je trouve une femme, peu m'importe si elle a plus de trente ans et qu'elle soit grassouillette, ce sera avant tout une femme qui nous aimes, ma fille et moi.

Il est là, l'essentiel.

Oui, ok... Bien-sûr... Si elle a un bon compte en banque, c'est encore mieux. Jeune ce serait bien. Belle aussi. À la mode serait parfait.

(Soupir embarrassé)...

C'est ici que se termine, pour vous, l'histoire de Patrick Duval. Pour moi, elle ne fait que réellement commencer.

Une nouvelle attitude, des nouveaux défis et un horizon différent qui se dessine. C'est l'ère du changement.

J'ouvre un nouveau chapitre.

Je trace un trait sur le passé.

Sauf pour une chose...

(Long, très long silence)...

Je n'accepterai pas une femme qui ne pratique pas la sodomie dans le cul...

FIN







Je remercie du fond du coeur tous les lecteurs anonymes ou pas, tous les nouveaux amis qui enrichissent maintenant ma liste d'amis Facebook, tous ces échanges de clavier et toutes ces marques d'affections dont vous m'avez chaleureusement couvert.

Ce fut mon premier blogue et s'il a été un succès c'est grâce à vous. J'ignore encore si je vais en ouvrir un nouveau, pour l'instant, je prends un break, les contrats d'écriture se multiplient, des projets commencent à se concrétiser, je mets mes énergies ailleurs.

Cela dit, je cherche aussi une maison d'édition pour la version roman de Patrick Duval, un manuscrit où j'ai mis beaucoup d'heures et qui se retrouvera sur les tablettes d'un libraire un jour, j'en suis convaincu. Je vous tiendrai au courant des développements.

Merci encore de m'avoir suivi dans ma folie. Je sais que des fois j'ai trop exagéré les histoires, le deuxième degré de quelques billets n'était pas clair, des situations n'ont jamais eu de suite ou des anomalies se sont glissées dans l'évolution du blogue, mais il ne faut pas m'en vouloir. J'ai utilisé ce blogue pour acquérir une discipline d'écriture, apprendre à faire confiance à ma créativité et pour m'habituer à exploiter des personnages et une histoire à long terme. J'ai fait ma propre école.

Maintenant que j'ai la piqûre et une bonne discipline, je vais conquérir le monde!

Je vous jure qu'un jour, vous entendrez parler de moi à nouveau (pis vous direz: "Heille, c'est Pat Duval, un auteur talentueux de talent!!!).

Patrick Courval
Auteur diplômé de l'École Nationale de l'humour
Membre fondateur du collectif d'auteurs Les travailleurs du texte

P.S: Allez, tous ensemble, pour une dernière fois: What the fucking fuck???

jeudi 18 novembre 2010

La renaissance

jeudi 18 novembre 2010 26
Oui… J’ai dû hachurer le mot « FIN » du dernier chapitre.

Parce qu’il s’est passé quelque chose. Il y a deux jours.

J’ai été convoqué au palais de justice.

Ça m’a rendu nerveux de nervosités...

Je n’avais aucune idée à quoi m’attendre, je pouvais pas voir ce que j’avais fait de mal pour être traduit en justice.

Bref…

Une dame m’a escorté jusqu’à une salle de conférence où se trouvait déjà quatre personnes assises autour d’une grande table rectangle de forme rectangulaire...

À droite de la table, il y avait un petit vieux en costume gris. Au bout, se tenait un petit vieux en toge noire. À gauche, on trouvait un petit vieux en chaise roulante et une petite vieille avec un chapeau.

Mais qu’est-ce que je venais foutre ici, à cette réunion où la sénilité semblait être le point commun de tout le monde???

Le vieux en costume gris s’est levé.

- Monsieur Duval? M’a-t-il demandé.

- Oui, c’est moi.

Il a désigné une chaise à ses côtés.

- Assoyez-vous, je vous prie.

Je me suis assis en face de la vieille au chapeau.

- C’est votre portrait tout craché, m’a-t-elle affirmé.

Je n’ai pas compris ce qu’elle a voulu dire. Mais de toute façon, qui comprend vraiment les petits vieux?

L’ancêtre au costume gris m’a regardé et pris la parole : « Je me nomme William Dansereau, notaire. Nous vous avons convoqué aujourd’hui concernant le testament d’Aline Charbonneau. »

What the fucking fuck???

- Le testament d’Aline Charbonneau? Mais… Qui est Aline Charbonneau???

Tout le monde s’est regardé incrédule sauf la petite vieille qui m’observait avec un gentil sourire.

- Vous risquez d’avoir un choc, monsieur Duval, a continué le notaire.

- Un choc???

- Vous êtes l’héritier d’une petite maison à St-Philibert-De-Gosford, un petit village à une heure trente de Montréal, ainsi que d’une somme de 25,000 dollars.

Effectivement, je fus sous le choc.

Mais qui était cette fée si généreuse de générosité???

- Je ne comprends pas… Qui est Aline Charbonneau?

Le notaire a regardé la petite vieille qui portait toujours son tendre sourire.

Elle m’a pris la main doucement et a désigné le vieux en chaise roulante assis à côté d’elle. Son sourire s’est quelque peu effacé.

- Aline est notre fille. Malheureusement, elle est décédée dans un accident de la route, le mois dernier.

La vieille a arrêté son discours pour me caresser le visage.

- C’est incroyable, la petite vous ressemble tellement, a-t-elle ajouté.

J’ai commencé à m’impatienter. Qui est Aline Charbonneau, bordel???

- Je suis désolé… Je ne connais pas votre fille.

- Oui, vous la connaissez. Il y a presque un an et demi, vous avez eu une relation avec elle.

Une bonne cinquantaine de visages ont passé à travers mon esprit sans replacer cette Aline.

Puis…

Un éclair a atteint mon cerveau. Un visage est apparut. J’ai soudainement vu Aline Charbonneau dans ma tête.

(Soupir)…

C’est la grosse connasse qui m’avait violé dans la ruelle à la « Soirée destin ». Un mauvais souvenir qui refuse de s’effacer.

- Vous voulez dire que la grosse Aline m’a légué sa maison et 25,000 dollars???

Le notaire a eu l’air mal à l’aise.

- Oui, enfin… À une condition, a-t-il dit.

Je le savais, c’était trop beau pour être vrai.

La condition devait être impossible.

Je me suis mis à rire.

- Hahaha! Ok… Quel est la condition? Que je marche sur Mars? Que je trouve Ben Laden? Que je rase la crinière d’un lion enragé en portant une robe en steak???

Personne n’a ri.

La vieille m’a encore caressé la main.

- Vous devez simplement vous occuper de votre petite fille.

(Très long silence macabre. Oui, macabre)…

- Ma… Ma fille?

- Elle a votre visage, c’est étonnant, a ajouté la vieille.

- Ma… Ma fille?

- Aline nous a tout raconté. Vous vous êtes rencontrés à une soirée de célibataires, ensuite vous avez couché ensemble puis vous êtes parti, a-t-elle continué.

- Ma… Ma fille?

- Vous ne pouviez pas savoir qu’Aline était enceinte quand vous l’avez laissée tomber. Je ne vous en veux pas, l’amour ne se commande pas. Ma fille mourait d’envie d’avoir un enfant, elle a tenté pendant quinze ans de tomber enceinte et vous êtes le seul à y être parvenu. Une grossesse à quarante-quatre ans n’est pas évidente, mais le bonheur de voir enfin son rêve se réaliser lui a permis de passer au travers sans complication. Vous êtes en partie responsable de ce bonheur.

- Ma… Ma fille?

- Oui, votre fille. Elle est magnifique, elle a maintenant presque six mois.

J’ai une petite fille???

J’AI UNE PETITE FILLE????????

Le notaire a poursuivi : « Comme vous êtes inscrit sur le certificat de naissance de la petite comme étant le père, la garde de l’enfant vous revient de droit. »

J’ai eu la mine basse.

Il était trop tard pour avoir un bébé. Dans une semaine, j’entre chez les moines.

- Je suis désolé… Je… Je ne veux pas d’enfant, j’ai d’autres projets.

Le visage de la petite vieille est devenu vraiment triste.

- Je vous en prie, monsieur Duval, acceptez. Mon mari est en chaise roulante, j’ai déjà peine à m’occuper de lui, je n’ai plus la force d’élever un enfant. Je ne veux pas voir la petite grandir dans un centre, je vous en supplie, prenez soin de votre enfant. Je vous aiderai de mon mieux!

J’ai réfléchi.

Une maison dans un village, 25,000 dollars et une petite fille. Voilà des éléments qui peuvent changer une vie, me faire oublier les femmes un peu et m’éloigner du clergé en plus.

- Où est la petite, ai-je demandé.

- Dans un centre de la petite enfance. La DPJ s’en occupe, a dit le notaire.

- Je veux la voir.

Encore une fois, tout le monde s’est regardé incrédule.

Le vieux en toge a alors pris la parole : « Je suis le Juge Dubreuil, monsieur Duval, c’est moi qui autorisera si vous pouvez avoir la garde de votre fille ou pas. Pourquoi voulez-vous la voir? Qu’est-ce que cela changera à votre décision? »

Lentement, j’ai regardé tout le monde. J’ai pensé mentir, mais j’ai décidé de dire la vérité.

D’être honnête d’honnêteté…

- C’est ma fille… J’ai simplement envie de la voir au plus sacrant.

Le juge a souri. Ma réponse avait tapé dans le mille. Il s’est tourné vers le notaire.

- Monsieur Dansereau, vous allez conduire monsieur Duval au centre pour qu’il puisse enfin voir sa fille. Vous avez une heure, a dit le juge.

- Merci, votre honneur honorifique, ai-je lancé.

Le juge m’a fixé gravement : « À votre retour, monsieur Duval, je veux savoir votre décision. »

Quelle merde.

J’ai eu l’impression d’avoir un revolver sur la tempe.

Le notaire et moi sommes partis en direction du centre de jeunesse en Mercedes de l’année.

Quand même payant le métier de notaire, j’ai regretté un instant de ne pas avoir fait d’études en notoriété…

Nous sommes arrivés dans le vestibule du centre. William Dansereau a parlé quelques secondes avec une préposée puis est revenu vers moi.

- Ils vont aller chercher le bébé, m’a-t-il annoncé.

Après quelques minutes, la porte s’est ouverte et une dame est arrivée avec ma progéniture dans les bras.

J’ai eu le souffle coupé.



La petite avait un large sourire, de grands yeux bruns, de petits cheveux marrons, c'est vrai qu'elle me ressemblait. Un visage plus brillant qu’une auréole. Ses minuscules joues rondes donnaient envie de les croquer, de les caresser, de les embrasser. Elle semblait si vulnérable, je voulais la protéger, entretenir son innocence, être son modèle, cette petite était trop mignonne, j’étais en amour.

Mais pas en amour comme avec une femme, bande de nuls. Non, en amour comme un père. Cet amour, le plus puissant jamais vécu, a brisé quelque chose en moi: La peur de prendre mes responsabilités. C'est la magie des bébés.

Je l’ai prise dans mes bras, elle m’a empoigné le nez, j’ai ri.

Elle a ri aussi.

Nous avions déjà une connexion.

De toute évidence, sans le moindre doute, cette petite fille était…

La femme de ma vie.

(Silence)…

Après quelques minutes, à contre cœur, j’ai remis mon bébé à la préposée.

J’en tremblais encore. Je venais de vivre la plus belle émotion de toute ma vie.

- Alors? A demandé le notaire.

- Je crois que j’ai trouvé la femme de ma vie.

Le notaire a ri. Moi, j’ai reniflé mes mains encore imprégnées de l’odeur de mon enfant.

- Vous venez d’attraper le virus communément appelé « papa ». J’ai deux enfants moi-même, le sentiment est extraordinaire.

Il ne pouvait pas choisir un meilleur mot.

- À propos… Comment s’appelle-t-elle? C’est stupide, avec tout ça, j’ai oublié de demander son nom, ai-je questionné.

Il a ricané, un peu gêné.

- Vous savez, Aline aimait beaucoup les trucs exotiques. Si vous n’aimez pas le prénom de la petite, vous pouvez entreprendre des démarches pour le changer.

- C’est quoi son nom? Ai-je encore demandé, impatient.

Il a soupiré.

- Miguita. Miguita Charbonneau.

*Photo: http://www.i974.fr/reunion.php/Actualites

mardi 16 novembre 2010

La fin

mardi 16 novembre 2010 24
C’est la fin de la finale, mes amis…

Plus que dix jours avant mon anniversaire.

Demain, je m'en vais porter mon CV au curé de ma paroisse.

Hier, ma mère a tenté de me dissuader d’entrer chez les prêtres, Vincent m’a traité de gay et ma soeur Stéphanie a paradé toute la soirée avec son nouveau manteau de fourrure.

Pas de quoi en faire un billet.

J’ai aussi croisé Joanie et Jason au club vidéo, occupés à s’embrasser dans l’allée des comédies romantiques. Heureusement, ils ne m'ont pas vu.

Probablement qu'ils m'auraient encore envoyé chier à cause de l'histoire du chat de Joanie.

Dire que ma place est censée être celle de Jason.

Joanie est vraiment conne.

(Soupir)...

Alors, voilà. C’est la fin.

En ce 16 novembre 2010, j’accroche mes condoms. Terminé la chasse aux femmes. Le destin a décidé que moi, Patrick Duval, n’a pas droit à l'amour.

J’ai de longues années à faire comme moine avant de devenir prêtre. Le chemin ne sera pas facile mais, au moins, je ne penserai plus aux filles.

Mon célibat sera maintenant normal aux yeux de tous.

J’aurais aimé vous donner une fin heureuse. Comme à Hollywood.

J’ai essayé.

Mais j'ai pas les moyens d'avoir une famille.

(Silence)...

J'ai plus envie de rire, maintenant.

La destinée de mon destin ne peut plus changer, il ne reste qu'une dizaine de dix jours, je vais finir ma vie sans avoir eu la femme de ma vie...

Merci de m'avoir lu.

FIN


jeudi 11 novembre 2010

Sentiment d'urgence

jeudi 11 novembre 2010 7
Plus que deux semaines avant mes quarante ans et je n’ai aucune femme à demander en mariage, aucune femme dans la cible en forme de cœur de l’amour.

Pourtant, j’ai lancé tellement de flèches dans les deux dernières années.

Il ne me reste qu’une seule solution.

Une solution drastiquement drastique…

L’autre jour, Karine la pute m’a dit que je ne cherchais pas le bon genre de femme pour moi. Que l’idéal serait d’en trouver une de mon âge.

Après réflexion et une profonde analyse, j’en ai conclu qu’elle avait raison.

Une femme mûre, c’est automatiquement signe de stabilité. Une fille de vingt-et-un ans, par contre, ça vit encore chez ses parents, ça ne sait pas quoi faire dans la vie, c'est pas si cochonne que ça, c’est loin de ce que j’ai besoin.

Je cherche une femme pour stabiliser ma vie, donc, une femme stable pourra logiquement m’aider à atteindre ce but.

Mais…

(Soupir)…

J’ai toujours évité les femmes plus vieilles.

Je n’ai pas de problème pour les baiser, mais je ne peux concevoir terminer ma vie avec une mémé de mon âge.

Parce que…

Je trouve que c’est anormal une femme célibataire de quarante ans.

Il y a forcément quelque chose qui cloche, un défaut majeur, un problème dans la qualité, un lourd handicap sinon un autre homme aurait déjà mis la main dessus.

Ça y est, je vous l’ai dit. Vous savez mon secret.

Une femme célibataire de mon âge, c'est une loser.

Et je ne veux pas finir ma vie avec une loser.

(Sanglots)…

Mais j’ai plus le choix. C’est mon dernier recours. Le temps presse.

Je sens le souffle de Dieu dans mon coup.

J’ai donc décidé de m’inscrire à une séance de speed dating pour les trente-cinq à cinquante ans. Histoire d’accélérer le nombre de rencontres féminines.

Les règlements sont simples. Je n’ai qu’à rester assis derrière une table et, à chaque cinq minutes, une femme différente se présente devant moi.

Nous faisons une brève discussion et si elle m’intéresse, je n’ai qu’à noter son nom. Ensuite, tout le monde donne le nom de la personne qu’ils ont choisi et s’il y a un match parfait, bien…

Je ne sais pas trop. J’imagine qu’ils ont le droit de partir ensemble.

Je suis entré dans une immense salle. Déjà, je n’ai pas aimé l’ambiance. Il devait y avoir cinquante hommes pour une quinzaine de femme.

Je n’ai même pas eu besoin de cinq minutes pour choisir quelqu’un. Au fond de la pièce, une femme d’environ quarante ans, l’air un peu timide, rayonnait par sa beauté.

Il était hors de tout doute que si j’allais faire un match parfait ce soir, ce serait avec elle.

On m’a assigné le pupitre numéro dix-neuf.

Puis les filles ont commencé à faire le tour.

J’ai sorti calepin et crayon pis je me suis gargarisé avec du push-push à la menthe. J’étais prêt.

La première femme à s’asseoir devant moi n’était pas jolie, mais au moins, elle portait des lunettes Dolce Gabanna.

- Salut, je m’appelle Patrick.

- Moi, c’est Marie-Andrée.

J’ai baissé le regard sur mes notes.

- Âge? Ai-je demandé.

- Cinquante.

Fuck!!!

Éliminée dès le départ pour cause de décrépitude. Le reste des cinq minutes allait être assez long.

J’ai soupiré.

- Je te le dis d’avance, cinquante, c’est beaucoup trop vieux pour moi, ai-je soufflé.

Elle a souri.

- Choisis-moi, tu me plais. Allez, tu ne le regretteras pas. J’adore le sexe, je suis une vrai femme couguar.

- Une femme couguar??? Tu vis dans la savane pis tu manges des zèbres???

- Euh... Non... Tu ne connais pas l’expression? A-t-elle demandé, surprise.

- Je connais "femme fatale", "femme de rêves" ou "femme de chambre", mais j'ai jamais entendu "femme couguar".

- Une femme couguar est une femme au-dessus de quarante-cinq ans baisant seulement de jeunes mâles assez en forme pour assouvir leur appétit sexuel.

J’ai souri.

- Désolé de te décevoir, mais je ne suis pas un jeune mâle. Je vais avoir quarante ans dans quinze jours.

Elle m’a regardé, dépitée.

- Oh puis merde, ce n’est pas grave… Je suis tellement en manque que je coucherais même avec un homme de quarante ans. Allez, choisis-moi.

Je lui ai fait non de la tête.

- Je suis moi-même un homme couguar. Tu ne m’intéresses vraiment pas.

Elle a croisé les bras.

- Tu fais chier, Patrick!

Nous sommes restés silencieux puis la cloche a sonné. Marie-Andrée est partie et une autre femme a pris place devant moi.

- Salut, je m’appelle Patrick.

- Salut, Sophie.

- Âge?

Elle m’a regardé surprise.

- Quoi?

- T'as quel âge?

Elle a paru vraiment agacée.

- Je ne vais pas répondre à un questionnaire, entamons plutôt une conversation!

Celle-là avait trop de caractère. Elle commençait déjà à me mettre en rogne.

- On a juste cinq minutes pis je cherche une femme qui remplie un certain nombre de critères. J’ai pas de temps à perdre à t’écouter parler de la pluie et du beau temps, fuck!

Elle a ricané un ricanement, la salope...

- Va te faire foutre, crisse de con!

Ça m'a mis encore plus en maudit.

- Mange de la marde, connasse! Moi, je veux pas jaser, je veux me caser. Si t'as besoin de parler, pogne-toi un chien, pas un chum!

Elle m'a regardé avec un air qui voulait dire : "Je te déteste tellement que je t'ouvrirais la face avec une crowbar".

- Pffff! Je suis certaine que les chiens sont moins désagréables que toi!

- Pffff! Je suis certain que les hémorroïdes sont moins désagréables que toi!

Elle est partie avant même que la cloche ne sonne la sonnerie...

Vraiment, je commençais à douter des vertus du speed dating.

La femme suivante était mal dosée. C'est comme ça que j'appelle les femmes un peu grassouillette et sans boules. Vous savez, celles qui sont bien en chair sauf au niveau de la poitrine. Grosse où il ne faut pas et petite où il ne faut pas non plus.

Une mal dosée, quoi!

Mais c'était pas grave. Au point où j'en suis, je suis pas trop regardant. En fait, le principal c'est qu'elle a un vagin, pour le reste des critères je suis prêt à faire des sacrifices.

- Salut, je m’appelle Patrick.

- Bonjour, moi c’est Anne.

J’ai regardé mes notes.

- Âge? Ai-je demandé.

- Trente-sept ans.

Pas mal, pas mal.

- Est-ce que tu travailles?

- Oui. Je suis assistante-dentaire.

Ok. Ce n’est pas le boulot le plus payant au monde, mais au moins, elle a un revenu. Ce qui était déjà mieux que moi.

- Aimes-tu le sexe?

Elle a rougi comme une tomate ayant pris un coup de soleil.

- Hihihi! Oui… Comme tout le monde, hihihi!

Cette fille avait du potentiel.

Une chirurgie mammaire, une diète et un plus beau maquillage pis Anne pouvait peut-être me représenter dignement.

- À mon tour de poser des questions, a-t-elle dit.

- Pas de problème.

- Ton âge?

- Trente-neuf ans.

- Ton emploi?

J’ai hésité d’hésitation…

Mais l'autre jour dans le Journal de Montréal, Louise Deschâtelets disait que l’amour se trouve en étant honnête. J’ai décidé de l’écouter.

- Ben euh… Pour l’instant, je ne travaille pas, ai-je répondu.

Elle m’a observé, méprisante.

- Tu es chômeur?

- Ouais. J'ai un baccalauréat en chômage! Ai-je affirmé en riant.

Elle a soupiré d’impatience, elle ne riait pas du tout au tout...

- C'est un peu... loser.

What the fucking fuck??? Pour qui elle se prenait cette pétasse???

- Nous sommes deux losers, Anne. N’oublie pas qu’en mathématique deux négatifs font un positif. Toi et moi sommes faits pour être ensemble.

Elle n’a pas eu l’air convaincu.

- Non... Non, désolé. Je veux des enfants avant quarante ans, tu n’as pas la capacité financière pour devenir un bon père de famille, a-t-elle martelé.

- Quoi??? Ce n’est pas l’argent qui détermine si on est un bon père de famille!

- Un bon père de famille est en mesure de fournir une bonne éducation et d’envoyer ses enfants à l’école privée. Il doit être assez solide financièrement pour acheter une maison, emmener sa famille en voyage, gâter sa femme et payer des activités et des sports à l’extérieur de l’école pour ses enfants. Si tu ne peux pas fournir tout ça à ta famille, il faut t’abstenir de te marier et procréer.

Elle m’a regardé intensément et ajouté : « Et moi… Je veux me marier et procréer ».

Ça m’a sauté en plein visage.

Fuuuck...

J'ai pas d'argent, je ne peux pas m'acheter de l'amour!

(Long silence)...

J’ai craqué. J’ai renversé ma table et j’ai marché vers la sortie sous l’air ahuri d’Anne.

Avant de partir, je me suis tourné vers la belle fille, celle que j’avais vue en arrivant au début de la soirée.

- Hey toi! Je suis chômeur, j’ai trente-neuf ans, j’ai fait faillite, je n’ai plus de meubles, pas de vêtements, pas de voiture, veux-tu venir avec moi? Lui ai-je crié.

La pauvre femme a semblé terrorisée. Dans une salle silencieuse avide de connaître la décision de la belle, elle a lentement fait non de la tête.

J’ai quitté l’endroit la tête entre les jambes...

(Soupir)...

En fait, je l'ai toujours su, ça prend de l'argent pour attirer une femme. Mais je croyais que ça se limitait aux belles femmes avec des boules refaites et un cul à la Jessica Rabbit, pas aux mal dosées comme Anne!

Ce qui veut dire que ce soit une femme de mon âge, une femme pauvre, une femme laide, une femme épaisse ou une femme naine, j'ai aucune chance! Personne ne veut partager sa vie avec un gars qui trouve que le Kraft Dinner est un luxe!

Osti que je suis découragé de découragement...

(Silence)...

On trouve l'amour en étant honnête???

Fuck you Louise Deschâtelets!!!

*Photo: http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/marc-cassivi/201005/13/01-4279956-lequipe-b-de-tva.php

mercredi 3 novembre 2010

Au fond du baril

mercredi 3 novembre 2010 13

C’est donc ça, la destiné de mon destin? Terminer mes jours seul, sans femme ni enfant?

Joanie m’a détruit. Moi qui ai cru qu’elle m'aimait pour vrai. Non, pas pentoute. Me donner une volée et rompre avec moi juste pour avoir kidnappé son chat, c'est la preuve que notre couple ne tenait pas à grand chose.

Non.

De nos jours, on peut plus se fier à personne.

C’est chacun pour soi. Fucking système individualiste.

Je suis en colère contre tout le monde, contre la vie, contre le destin, contre tout.

(Soupir)…

J’ai acheté deux bouteilles de vin, je les ai bues en deux heures.

Dans la folie de mon ivresse, j’ai détruit mon appartement.

J’ai arraché les comptoirs en marbre de la cuisine, j’ai démoli la céramique de Chine dans la salle de bain, j’ai troué les murs à coups de pied, j’ai brûlé mes vêtements dans la cour arrière et j’ai même déchiré la totalité de mes cartes d’affaire de chirurgien plastique.

Sans boulot, sans femme, sans statut social, je ne suis plus rien, sauf un fardeau pour la société.

En une seule journée, je suis devenu grand roi des perdants.

Ça m’a fait rire.

(Long silence)…

Je suis devenu dément. J’ai décidé d’appeler Karine la pute.

Je voulais descendre le plus bas possible. Pour au moins être champion de quelque chose.

Le champion des losers.

Karine est arrivée trente minutes après mon appel.

- Tu sais, ce n’est pas gentil de faire attendre ta fidèle clientèle, ai-je dit, le ton enivré.

Elle s’est avancée dans le salon pour constater les dégâts.

- Es-tu devenu fou???

Je me suis mis à danser et à sautiller partout.

- Je fête ma nouvelle découverte! Que les femmes sont salopes! Toutes des putes qui sortent de l’asile! Allez, viens faire la fête avec moi!

J’ai tenté de la prendre dans mes bras mais elle m’a repoussé.

- Je ne reste pas ici. C’est le bordel, tu pues et tu n’es pas dans ton état.

Je me suis placé devant la porte pour l’empêcher de me quitter.

- Tu n’as pas le choix de rester ici, je te paye, tu es une pute!

- Je vais partir si j’en ai envie. Tu n’es pas loser au point de battre une femme?

Je suis tombé à genoux en pleurant toutes les larmes de mon corps, de deux corps, même.

- Je ne suis pas un loser! Pourquoi je ne trouve pas de copine? Pourquoi aucune femme ne veut de moi? Dis-le moi, tu es une fille, pourquoi???

Elle m’a enjambé pour atteindre la porte.

- C’est tellement simple, idiot. Tu n’es pas un vrai homme. Tu refuses d’évoluer. Tu as quarante ans et tu parles, penses et agis comme un ado. Les filles que tu cherches ne sont pas celles qu’il te faut.

Je l’ai regardé, plein de pitié.

- Dis-moi, Karine… Quelles sont les femmes qu’il me faut???

Elle a longuement soupiré.

- Une femme de ton âge, triple imbécile!

- Impossible, la jeunesse est le premier critère sur ma liste!!! Ai-je vivement réagi.

- Ce que tu ne comprends pas, du con, c’est que même si tu trouves une femme entre vingt et trente ans pour le restant de tes jours, elle va finir par vieillir. Ta liste de critères, c’est du superficiel, c’est du vent, c’est de la grosse merde. Je te le répète, tu ne cherches pas le bon genre de femmes!

Elle a claqué la porte.

(Silence une nouvelle fois)…

Je n’ai jamais pensé à ça. Effectivement, le premier critère de ma liste ne peut être qu’éphémère.

Ma future femme aura inévitablement cinquante ans un jour.

Un fait de la nature impossible à combattre.

Mais suis-je prêt pour une femme de mon âge?

Est-ce ma destinée?

Impossible. Je n’arrive pas à y croire. Mon destin ne peut pas être si tragique. J’ai toujours refusé les femmes de mon âge.

Parce que…

(Soupir)…

Non.

Je refuse d’en parler pour l’instant.

*Photo: http://www.chblog.com/post/2009/10/28/Dicton-de-Walincourt

lundi 1 novembre 2010

Si près du but... *soupir*

lundi 1 novembre 2010 5
Je vais être franc de franchise avec vous, je ne croyais pas revenir écrire ici...

Parce que j'étais en amour. Vous savez ce que c'est, quand on est en amour, le quotidien de célibataire en prend un coup, toute notre vie est centrée sur l'autre, comme dit le dicton : "Tout nouveau, tout beau, pus de cerveau".

Bon, ok... "pus de cerveau" c'est moi qui l'a ajouté parce que j'ai eu vraiment l'impression de ne plus avoir de cerveau.

Joanie et moi, au début du mois d'octobre, avons été invité au mariage de John et Kathleen, des anciens employés du Panini. Le mariage avait lieu dans une église à Trois-Rivières.

J'ai trouvé ça cool, je croyais que c'était en campagne pis un peu d'air frais ça fait toujours du bien quand on vit à Brossard, à deux pas du pont Champlain. Je pensais que Trois-Rivières c'était une rue principale avec trois ou quatre commerce peuplé de consanguins. Le charme typique de tout village.

Mais pas pentoute. Trois-Rivières c'est comme partout. J'avais crissement l'impression d'être à Laval.

Sti de place laide pour se marier dans un mariage...

Au moins, la réception avait lieu à une demi-heure de l'église, dans une cabane à sucre qui offrait ses services pendant la hors-saison des sucres pour différents évènements.

Ça été une des plus belles journées de toute ma vie, je crois même que j'ai trouvé cette journée plus formidable que John et Kathleen eux-mêmes. ils ont fait jouer du Culture Club, les filles étaient habillées comme des princesses pis j'ai fourré avec Joanie.

Pendant la réception, elle avait bu beaucoup, je me suis donc dit que le moment était idéal pour la cruiser. Une fille ivre a toujours moins tendance à dire non.

Ne croyez pas que je voulais profiter de son état, je crois sincèrement qu'elle a bu pour se donner du courage. Après tout, la dernière relation de Joanie s'était mal terminée, peut-être qu'elle avait besoin de cet alcool pour avoir assez de cran pour renouer avec l'amour.

Anyway...

Pendant la réception du mariage, il y avait des calèches et pour vingt piasses, un cocher nous faisait faire un tour de 15 minutes. J'ai donné 200 piasses pis Joanie et moi sommes partis pour un tour de deux heures et demi.

Le temps en masse pour la convaincre de devenir ma blonde.

- En tout cas, moi un mariage, ça me donne envie de me marier. Pas toi? Ai-je demandé à Joanie.

Elle regardait l'horizon, un sourire aux lèvres.

- C'est tellement romantique que j'en suis presque jalouse, a-t-elle ajouté.

- T'as pas à être jalouse, Jo... Des belles choses comme le mariage, ça n'arrive pas juste aux autres. Un jour, tu vas l'avoir ta journée.

Vous comprenez ce que j'étais en train de faire?

Oui, c'est ça. Je la mettais dans un bon mood. Pour qu'elle soit réceptive.

- Je sais pas... Je me demande si un moment donné un homme m'aimera assez pour me proposer le mariage.

- Moi je t'aime, Joanie!

Elle m'a regardé en riant.

- Toi, t'aimes toutes les filles, Pat.

Quoi???

Ça m'a un peu mis en rogne, me semble que je suis assez sélectif avec les filles du sexe opposé...

- Voyons Joanie, je choisie les filles selon une liste de critères, je les aime pas toutes.

Elle a haussé les épaules.

- Je ne me sens pas spéciale avec toi. Tu t'es essayé sur toutes les filles de la job, t'es comme une pute qu'on ne paye pas.

What the fucking fuck???

Fallait que je renverse la situation, je pouvais pas laisser la perception qu'elle se faisait de ma réputation à un niveau si médiocre de médiocrité...

Comme d'habitude, j'ai utilisé mon intelligence mâle supérieur.

- Tu comprends rien, Jo... Si j'ai fréquenté presque toutes les filles du Panini, c'était pour te rendre jalouse.

Elle a soupiré.

- Tu as manqué ton coup, j'ai jamais été jalouse, je te trouvais juste macho et con.

J'ai pris une mine déconfite (je sais, je sais, mon vocabulaire est parfois impressionnant).

- D'abord, j'ai fait une erreur... Ça prouve que je suis vulnérable.

Pis s'il y a une chose que je sais, c'est que les femmes aiment bien les hommes vulnérables. Surtout ceux qui le reconnaissent haut et fort.

Mais... Ça n'a pas eu l'air à fonctionner avec Joanie.

- Le seul endroit où tu es vulnérable, c'est dans les pantalons.

(Soupir)...

- Je sais pas comment te faire comprendre, Jo. Je te veux vraiment, j'ai envie de faire un bout de chemin avec toi, pis ce serait bien si on commençait avant le 26 novembre, parce qu'après...

Je ne savais plus quoi dire, Joanie était en train de me glisser entre les doigts, puis, le destin est venu à ma rescousse.

Elle m'a regardé.

- Tu sais quoi, Pat? Aujourd'hui, j'ai été émue par le mariage, j'ai beaucoup bu, je trouve la promenade en calèche ultra romantique et ça fait longtemps que je n'ai pas fait l'amour. Viens dormir chez moi, ce soir.

Elle a dit ça, comme ça.

Le pouvoir des calèches m'a crissement impressionné.

On a fait l'amour toute la nuit.

Le lendemain, elle m'a mise à la porte prétextant qu'elle allait déjeuner avec sa mère et au travail, plus rien.

Comme si notre aventure d'une nuit n'avait jamais eu lieu. Comme ça pendant une semaine de sept jours...

Fuck it...

Il me restait encore 15,000 piasses sur le 50,000 que j'avais gagné avec Fanny, j'ai acheté deux billets première classe pour Acapulco dans un hôtel cinq étoiles pour deux semaines.

Je lui ai dit que j'avais gagné deux voyage au Mexique et je lui ai demandé si elle voulait venir avec moi. Elle était folle de joie.

(Sourire de bonheur)...

C'est sous le soleil d'Acapulco que tout a commencé. Les deux semaines passées ensemble, dans la même chambre où il n'y avait qu'un seul lit, nous a soudé.

Même moi, j'avais soudainement changé. Je la laissais commander la première au resto, j'acceptais de lui prêter la télécommande de la télé, j'ai pas fumé de joint pendant un mois! J'avais même apporté mon portable pour écrire sur le blogue et j'ai même pas pensé à vous, mes chers lecteurs et lectrices. Même en revenant, j'étais encore sur un nuage de coton ouaté...

J'avais enfin une blonde, elle était heureuse, elle m'a même avoué qu'elle ne pensait pas que j'étais intéressant et pas toujours épais.

J'ai pris ça comme un compliment.

Après le Mexique, cette fois-ci, elle ne m'a plus ignoré.

C'était officiel, Joanie et moi étions un couple réglementaire, c'est-à-dire qu'on l'affichait, à la grande surprise des autres filles du Panini qui se demandaient tous si j'avais drogué Joanie.

Oui, ne pleurez pas de chagrin chères lectrices, mon célibat était terminé. J'ai vécu un colossal amour, le sommet le plus haut du bonheur, l'Everest de la passion.

Jusqu'à avant-hier.

(Long soupir)...

J'ai fait une crisse de gaffe.

Joanie couchait chez moi, ce n'était pas la première fois, mais jamais elle n'avait utilisé mon ordinateur chez moi, pas mon portable, mon autre ordi, une tour dans laquelle je fais le back up des films pornos que je download.

Ne vous inquiétez pas, elle n'a pas vue mes films. Ils sont bien dissimulés dans un dossier caché dans le fin fond du disque dur.

Mais j'avais laissé un dossier sur le desktop de l'ordi. Un dossier intitulé... Moustache.

Bien-sûr, piquée par la curiosité de voir un dossier portant le nom de son chat, elle l'a ouvert et découvert...

Toutes les photos de Moustache pris en otage. Un bandeau sur les yeux, les pattes attachées. Les photos qui avait provoqué la rupture entre Jason et elle, blâmant à tort son copain pour la disparition de son chat.

Elle a hurlé. Je suis arrivé en courant dans mon bureau, j'ai vu sur l'écran Moustache et tout mon corps est devenu mou, j'avais de la difficulté à tenir debout, je me suis appuyé contre le cadre de porte.

Elle s'est levée et a fait la dernière chose que j'aurais cru possible.

Elle m'a donné une sale volée.

Deux direct dans le visage, je suis tombé la tête première sur le plancher, mon arcade sourcilière s'est fendue, elle m'a roué de coups de pieds puis m'a cassé le nez.

C'est l'ambulance qui est venu me chercher.

Le lendemain, j'avais une sale gueule. Neuf points de suture en haut de l'oeil gauche pis j'ai les cernes d'un bleu vif à cause de mon nez cassé et maintenant bandé d'un énorme plaster.

J'ai été au Panini pour montrer mon état à Ninon et demander quelques jours de congé, quand je suis arrivé là-bas, j'ai salué tout le monde mais personne ne m'a répondu.

Tout le fucking monde m'ignorait!!!

Jason m'a finalement aperçu et lui ne m'a pas ignoré. Il m'a pris par le collet, tous les employés présents, trop curieux, sont arrivés autour de nous.

- Si tu savais comment j'ai envie de finir la job commencé par Joanie!

J'ai eu vraiment la chienne de manger une autre volée, je crois pas que j'y aurais survécu.

- Écoute moi bien, mon crisse de gros chien sale. Tu vas aller voir Ninon pis tu vas lui donner ta démission, a-t-il crié.

Si j'avais pas eu aussi mal dans le visage, j'aurais ri.

- Fuck you, Jason. J'ai fait le cave, je m'excuse, mais je peux pas me permettre de perdre ma job.

Ninon est arrivé en courant, voyant l'escarmouche dans la cuisine.

- Voyons, tabarnak, quossé qui se passe, sti???

Jason m'a regardé droit dans les yeux en disant à l'intention de Ninon : "Si Duval sacre pas son camp d'ici, je donne ma démission".

Ninon comprenait rien.

- Quoi, tabarnak???

Crystal s'est avancée d'un pas pour se démarquer des curieux.

- Si Duval reste, moi aussi je donne ma démission, a-t-elle dit en me regardant froidement.

Il y a eu un court silence, puis chaque employé s'est avancé un à un.

- Moi aussi, a dit Caroline.

- Je suis avec vous, a ajouté Andréane.

- Je pars aussi, a répliqué Amanda.

- Je veux pas travailler avec lui non plus, a affirmé Leduc.

- Je comprends pas ce qui se passe, mais je reste avec la gang, a rétorqué Milena.

Chacun leur tour, en me regardant, ont craché leur mécontentement face à ce que j'avais fait à Joanie. Vraiment, juste à cause du kidnapping d'un chat, mes collègues me détestaient jusqu'aux os. Crisse, je n'avais quand même pas enlevé son bébé, quelle bande de caves!

Je ne savais plus quoi dire.

Pendant un instant, j'ai eu envie d'attirer la pitié, j'ai pensé crier : "Regardez mon visage! Regardez, je suis défiguré! Joanie a eu sa vengeance!"

Ninon m'a regardé.

- Duval... sti...

- Sacre-le dehors! A crié Jason.

La foule s'est remise à gueuler de plus belle en m'insultant des insultes...

Je sais pas pourquoi, mais j'avais littéralement envie de pisser, je pouvais à peine me retenir. Avant de mouiller mes pantalons et d'être, en plus du mal aimé, la risée, je suis parti en courant à la course...

Les salauds, je les ai entendu applaudir mon départ.

(Silence)...

Ninon ne m'a pas rappelé. Mon 4% a été directement déposé dans mon compte. Elle n'a même pas réclamé l'uniforme.

Fuck off, j'étais si près du but : Avoir une crisse de femme!

Pis maintenant, il me reste 7,000 piasses dans mon compte.

Je n'ai plus de crédit à cause de ma faillite.

J'ai vingt-quatre jours pour me trouver une femme.

Je vais avoir quarante ans.

Sérieusement...

Je devrais faire une série de télé avec ma vie.

 
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